Il s'en sut chez un homme aux cent brebis
Qui n'avait jamais connu la faim:

"Que te manque-t-il, homme nu ?
- Une bague, ô Seigneur !"

Il s'en fut à l'audiance du Caïd
Aveugle et sourd aux misères humaines:

"Que te manque-t-il, homme nu ?
- Une bague, ô Seigneur !"

Il s'en fut au bureau du "Hakem".
À la porte, le Chaouch l'arrêta:

"Que te manque-t-il, homme nu ?
- Une bague, ô Seigneur !"

Il s'en fut auprès d'un pauvre hère
Tout autant dépouillé que lui:

"Que te manque-t-il, frère nu ?
- Une bague, ô Seigneur !"

Il s'en fut à la source des femmes.
Les jeunes filles baissèrent les yeux:

"Que te manque-t-il, homme nu ?
- Une bague, Dieu vous aide !"

Le sage parvint enfin chez un berger
Riche des méditations de la solitude:

"Homme, dit le berger, voici ma jellaba
Et viens partager mon pain ..."

Alors le sage dit au berger:

"Serais-tu donc le seul, ô berger,
À posséder la lumière du bon sens
Et dans le coeur le cri de la pitié ?
Que pouvais-je mieux répondre
Aux gens dénués de raison et de coeur:
"Que te manque-t-il, homme nu ?
- Une bague, ô Seigneur !"


Extrait du livre "Les Chants De La Tassaout" de Mririda N'Aït Attik, je suis plongé dans ces chants et poèmes Berbères depuis le début de la soirée ...